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Le LiDAR au service de la lecture des paysages historiques : l’exemple du réservoir du Trou d’Enfer

  • Photo du rédacteur: Charlotte Borow
    Charlotte Borow
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Parmi les nombreuses données désormais accessibles au paysagiste, le LiDAR constitue sans doute l’une des plus utiles. Longtemps réservé aux chercheurs, archéologues ou géomètres, il est aujourd’hui librement consultable par tous grâce au Géoportail — bientôt remplacé par cartes.gouv.fr — qui met progressivement à disposition les données de la campagne nationale LiDAR HD.


Piloté par l’IGN, ce programme a pour ambition de couvrir l’ensemble du territoire français à l’aide d’un relevé topographique d’une précision inédite. Réalisée entre 2021 et 2026, cette campagne permet aujourd’hui de visualiser le relief du sol avec une finesse de l’ordre de quelques dizaines de centimètres, ouvrant des perspectives nouvelles pour la compréhension des paysages.


Le principe du LiDAR (Light Detection And Ranging) repose sur une technologie relativement simple dans son fonctionnement. Un capteur, embarqué le plus souvent à bord d’un avion, émet plusieurs centaines de milliers d’impulsions laser chaque seconde en direction du sol.


En mesurant le temps mis par chaque impulsion pour revenir vers le capteur après avoir rencontré un obstacle, il est possible de calculer très précisément la distance entre l’avion et les différents éléments du paysage.


Contrairement à une photographie aérienne classique, le faisceau laser ne s’arrête pas nécessairement à la cime des arbres. Une partie des impulsions traverse les interstices de la végétation et atteint le sol. Après traitement informatique, il devient possible de distinguer différents modèles : la surface visible (arbres, bâtiments, infrastructures) mais également le modèle numérique de terrain (MNT), représentant uniquement le relief du sol, débarrassé de la végétation et des constructions.



C’est précisément cette capacité à “voir sous la forêt” qui fait tout l’intérêt du LiDAR pour les paysagistes, les archéologues ou les historiens des jardins.


Au-delà de la qualité des images produites, le LiDAR offre une nouvelle manière de lire le territoire. Talus oubliés, anciens chemins, fossés, terrasses, réseaux hydrauliques ou vestiges de jardins deviennent soudain perceptibles, alors qu’ils demeurent souvent invisibles sur le terrain ou sur les photographies aériennes traditionnelles.


Pour le paysagiste, ces données constituent une formidable aide à l’analyse des sites, en particulier lorsqu’il s’agit de comprendre l’évolution d’un paysage historique ou de retrouver les traces d’aménagements aujourd’hui effacés.



L’exemple est particulièrement parlant aux abords du parc de Marly, où cet outil m’a permis de retrouver les vestiges du réservoir du Trou d’Enfer.


Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, entre Versailles et Marly, un vaste réseau hydraulique assurait l’alimentation en eau des fontaines des deux domaines royaux, mais également l’approvisionnement en eau potable. Le Plan des parcs de Marly, Versailles et des environs, conservé aux Archives départementales des Yvelines et daté du troisième quart du XVIIᵉ siècle, représente précisément ce réseau de réservoirs, de conduites et de puits.


Sur le terrain pourtant, rien — ou presque — ne laisse aujourd’hui deviner l’existence de ce vaste ouvrage.


L’image satellitaire révèle tout au plus quelques nuances de couleur dans les parcelles cultivées, probablement liées à une humidité résiduelle ou à une concentration plus importante de matière organique dans les anciens fossés. Les cadastres, qu’ils soient anciens ou contemporains, n’indiquent plus aucune structure évoquant cette grande enceinte.


Le plan géométrique de Louveciennes de 1807 apporte une information supplémentaire : une carrière de grès y est figurée à l’emplacement du réservoir. Son exploitation a vraisemblablement entraîné la disparition d’une partie du merlon nord. En revanche, aucune mention n’est faite des ouvrages hydrauliques eux-mêmes.


C’est ici que le LiDAR prend tout son intérêt.


Le modèle numérique de terrain révèle instantanément un relief parfaitement lisible. Les levées de terre qui délimitaient autrefois le réservoir apparaissent avec une grande netteté. Une coupe altimétrique permet même d’en mesurer la hauteur, proche de trois mètres par endroits.


Plus au sud, le LiDAR met également en évidence un relief beaucoup plus discret, de l’ordre de 70 centimètres. Invisible sur les photographies aériennes classiques, cette légère surélévation correspond précisément à la « ligne des puits » figurée sur la carte de l’État-Major des environs de Paris. En la confrontant au plan des parcs de Marly et Versailles, il devient possible de retrouver le tracé de ces ouvrages souterrains et de mieux comprendre le fonctionnement de l’ancien réseau hydraulique.


Le LiDAR ne remplace évidemment pas les archives. En revanche, il leur donne une nouvelle dimension. En confrontant cartes anciennes, plans cadastraux, photographies aériennes et relevés altimétriques, le paysagiste dispose d’un véritable outil d’enquête lui permettant de retrouver des structures que plusieurs siècles d’évolution du paysage avaient presque totalement effacées.


Pour le paysagiste spécialisé dans les sites historiques, cette technologie constitue ainsi un remarquable outil d’analyse et de compréhension du territoire. Elle permet non seulement de révéler des vestiges invisibles, mais aussi de mieux orienter les recherches documentaires, les investigations de terrain et, demain, les projets de restauration ou de mise en valeur des paysages patrimoniaux.



 
 
 

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CB

© 2024 par Charlotte Borowczyk

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